jeudi 23 novembre 2017

LE CAHIER DE NAROKI - Huitième livraison, 232-264

photo L. Sch.





HUITIÈME LIVRAISON

232-264



1.
Quand Érasme achoppe sur cul, sur le mot cul.
Dans le Premier livre des « Adages » (I, IV, 1 – adage 301), il commente sur deux pages l’adage Il n’est pas donné à tout le monde d’aborder à Corinthe. Et il est moins question du difficile accès au port que des tarifs exorbitants des catins raffinées de la ville connue pour son goût de la volupté. Comme il aime le faire, notre humaniste raconte des anecdotes glanées ici & là et cite des auteurs grecs et latins.
Puis dans la foulée il mentionne, en grec, un passage de « Ploutos » d’Aristophane : Telle est la renommée des catins de Corinthe : / Si un crève-la-faim s’y risque d’aventure, / Point même ne leur chaut. Mais si c’est un richard, / C’est leur cul qu’illico elles tournent vers lui.
Contrairement à son habitude, il ne va pas traduire cela en latin, mais note narquoisement : Je ne me refuserais pas à rendre ces vers en latin s’ils étaient aussi décents qu’ils sont élégants…

2.
I add to my vocabulary a word like to scorn, in order to understand a quotation from Meister Eckhart in a poem by Stanley Kunitz, and then (although I have been glad to read and understand Eckhart’s thought) I said to myself: To add this word, how useless an effort, the word, the whole vocabulary, the whole huge bunch of words will be dissolved & canceled one of these days, forever.
According to Kunitz, Eckhart wrote: All things must be forsaken / God scorns / to show Himself among images.

3.
Qui n’a pas été chassé du paradis, ne sait rien du paradis, ne sait même pas qu’il existe, qu’il peut exister. Ceci n’est pas une note théologique, mais érotique.

4.
Le jour de son 79e anniversaire, Stanley Kunitz écrit un poème dans lequel se trouvent les vers : Maybe / it’s time for me to practice / growing old.

5.
Guerres d’antan — On ne sait pas, ne comprend pas vraiment comment cela se passait.

6.
Ce qu’on peut dire aussi de cette religion : qu’il y a une douceur.
Ludwig Börne, un matin d’automne à Hannovre en 1828, observe les deux chariots qui conduisent au lieu du supplice deux meurtriers ; ils seront décapités par le sabre.
Ils sont accompagnés, chacun, par un prêtre, et on voit comment les deux hommes d’Eglise, tout en priant, posent de temps en temps la main sur l’épaule des condamnés, pour leur donner du courage — comme c’est émouvant, écrit Börne, quand le prêtre donne au meurtrier dépravé et souillé de sang un dernier baiser fraternel d’une chaude lèvre humaine au seuil de l’éternelle froide nuit.


7.
Longs entretiens dans la cellule mais dont je ne me souviens plus maintenant, plusieurs interlocuteurs, plusieurs langues aussi, ça je m’en souviens, du tédesque, du serbe (pour l’imprononçable mot ‘smrt’), mais aussi ma langue, la langue de ma vie, ça je m’en souviens, des geôliers, des serruriers, des moines dans de bruns manteaux de bure, ils parlaient entre eux puis à moi aussi, mais un peu de biais, comme pour m’éviter, pour ne pas me dire directement ce qu’ils avaient à me dire, c’était dans une cellule, chambre assez large, sombre, souterraine sans doute, ancienne cachette de munition peut-être ou antichambre de condamnés ou hangar-dépôt pour coulisses de théâtre, frôler la mort de près, c’est d’une brutalité & surtout d’une banalité qu’on ne dira jamais assez, c’est juste comme une quelconque plaque de plâtre qui se défait, se délite, se désolidarise, et derrière il n’y a rien sauf d’anciennes poussières et quelques gravats, je me souviens que le geôlier avait dans les mains des espèces de boucles d’oreille en métal et deux assez grosses pierres précieuses pas précieuses, mais vermeilles, et quand il laissa tomber tout ça, faisant exprès, intentionnellement, comme avec une idée précise, étrangement tortueusement pédagogique, quand il laissa tomber ce métal et ces pierres vermeilles sur l’épais carrelage de la cellule, cela ne fit aucun bruit, et c’est cela qui me frappa, m’effraya à mort, je savais que si je n’entendais plus ce bruit-là, cela signifie la mort, la banale mort, banale comme une plaque de plâtre qui se défait, et derrière la plaque on disparaît, parmi la poussière & les gravats, tout n’aura toujours été que gravats.

8.
Pas la moindre idée du moindre soupçon où il y aurait un interstice, le moindre interstice entre la réalité et notre conscience, interstice où intercaler la question du pourquoi, ce sont deux immenses difformes blocs face à face, l’un contre l’autre, violemment, juxtaposition qui est un choc inouï, choc permanent, tellement permanent que ce n’est plus un choc, bien que cela soit en permanence inouï, cette confuse cascade de mots me vient parce que j’ai soudain pensé à la mécanique de l’ossature, avec la chair autour et que cela fasse fonctionner & bouger le corps, c’est sidérant, et j’ai pensé que cela a fonctionné ainsi pour les dinosaures pendant des millions d’années, l’ossature avec la chair autour, Herr Geiser s’est beaucoup intéressé à ça,  il a étudié, à sa façon, les dinosaures, il découpait des gravures dans de vieilles encyclopédies, et cela fonctionnait pareil pour l’homme du néolithique, et cela fonctionne exactement pareil pour nous aujourd’hui, la mécanique de l’ossature, c’est sidérant, comment cela se fait-il que cela se soit ainsi fait, comment cela se fait-il que cela fonctionne, on ne sait pas, on ne saura jamais, questions que je me pose quand je fais une crise d’hébétude, qui est le stade aigu de l’étonnement, quand je suis serein & lucide, je sais très bien que la question du pourquoi ne se pose pas, n’est pas posable, juste dire c’est comme ça, et c’est stupéfiant que ça soit comme ça, et merveilleux, c’est sidérant que ça soit comme ça, pareil pour les puissants avant-bras prédateurs de la mante religieuse, et ses féroces mandibules broyeuses, la conscience, la totalité de toute les consciences humaines de tous les temps, c’est moins qu’une tête d’épingle parmi les milliards de galaxies, ce qui fait de la conscience une déviation, une aberration, une anomalie, une perversité, une démence, mais la conscience rebondit sans cesse du fond de sa démence, et considère & considère & considère les  choses, sidérée, et s’enivre vertigineusement des vertiges que cela donne : da steht nun dieser Grashalm und zittert…[1]

9.
Avant que je sois, il y avait quelque chose, il y avait l’univers, je suis venu après des milliards d’années, avant moi il y avait eu presqu’une éternité, ou vraiment une éternité, comment savoir, puis j’étais là, hébété, ne sachant quoi dire.

10.
Comparée à la violence inouïe exercée contre le Vietnam par les Johnson et les Nixon, cadavres & ruines, l’explosion des Twin Towers n’était qu’un petit rot.

11.
Quand il fait froid dehors et froid dans la maison et froid dans la chambre, et que sous la couette on se chauffe de sa propre chaleur, c’est merveille.

12.
Avec une sorte de soudaineté syncopée, je lui dis : Je t’aime. Elle ne dit rien. Je dis : Ça t’es égal que je t’aime. Elle ne dit rien.

13.
Parmi les menus événements il y a parfois des satoris, petites étincelles de bonheur & de contentement, une connaissance (Maria José), qui a lu récemment un de mes récits de rêve, m’écrit : « C’est enivrant toutes les vies que l’on peut vivre en étant une multitude d’êtres… cela vous prépare déjà pour les morts à venir », cela m’arrive pendant un matin d’automne, léger voile de brume dorée parmi les arbustes et les arbres en haut de la colline mosellane, j’ai émergé d’un profond sommeil, qui a rafistolé toutes sortes d’avaries dans mon système intérieur, les capteurs d’euphorie doivent se rebrancher & se réaligner, remonter leurs ressorts.

14.
Et je me remémore avec ravissement cette lettre (deux pages) que la philosophe anglaise Elisabeth Anscombe écrivit en octobre 1959 à Pierre Hadot pour le remercier de l’envoi de son article « Wittgenstein philosophe du langage », à cette époque-là en France on parlait encore très peu de Wittgenstein, et Elisabeth Anscombe félicite Pierre Hadot de son travail, mais elle relève aussi des fautes & des erreurs, se référant au texte allemand de Wittgenstein que Hadot a traduit, elle écrit : « Je suis légèrement encline à critiquer votre traduction du haut de la p. 877 ; ‘durch sie’ ne signifie-t-il pas simplement ‘au moyen de’, expression qui est ensuite explicitée par le ‘auf sie’ entre parenthèses ? J’ai rendu la chose ainsi : ‘il les a utilisés — comme des tremplins — pour les surmonter’ ou quelque chose de ce genre. Mais je peux me tromper », lire ça m’émeut, les érudits entre eux, dehors il y a en permanence le déferlement des événements, et ici sur la page, dans le silence & la concentration, un esprit aigu réfléchit sur l’usage adéquat des pronoms & des prépositions afin que la pensée aille là où elle doit aller à travers l’épaisseur des idiomes et des opaques péripéties.

15.
L’idée de Maria José de mettre la mort au pluriel m’a plu, ému, ou plutôt troublé, je ne comprends pas très bien ce que cela peut signifier, mais j’ai des pressentiments, et aussi des réminiscences, je me souviens de mes morts, plusieurs morts, ponctuelles & passagères, anéantissements provisoires, chutes dans le néant puis l’aurore, le matin, comme le matin d’aujourd’hui avec son voile de brume diaphane d’or & de miel, et l’odeur poivrée de la brise, la Moselle coule douce en bas de la colline.

16.
La plus riche plénitude est la plénitude dans le dénuement, on a tout sans avoir rien à perdre, une grosse chafouine pie sur une haute branche dans la couronne du hêtre se réfugie & se repose après l’altercation avec les corneilles, on fait une trêve, on ne pense plus, on respire.

17.
Ça on savait jamais d’avance où & quand avec son escouade il ferait son apparition, puis dans l’espace d’un quelconque hangar resserre entrepôt magasin, ils étaient soudain là, dans le mystère & le silence du petit matin, quelques douzaines d’énergumènes fantomatiques, horde larguée par l’espace lointain des steppes, au milieu le petit caïd, compact & trapu, moche, mauvais & méchant, noire tignasse gominée, incarnant l’absolu du pouvoir, les courtisans autour, sous leurs pantalons bouffants, ils avaient les mollets qui flageolaient, les gros orteils enflés et la morve au bout du nez, ils se rassemblaient comme d’aléatoires volatiles migrateurs autour de leur permanent trophée : une Kaaba miniature, deux mètres sur deux mètres, comme un géant fromage avec une épaisse croûte chocolatée, et à l’intérieur, camouflée, la lourde bonbonne avec la réserve du parfum qui était le parfum des parfums, notre parfum restera toujours le parfum des parfums, proclamait le merdique terrifiant petit caïd gominé, et tout le monde se mettait au garde à vous, je ne savais pas s’il allait me reconnaître, ce n’était jamais acquis, je ne savais jamais si j’allais de nouveau accéder à l’existence, il y avait des chances, peut-être, mais pas de garantie, personne pour intercéder, ils étaient tous aussi fantoches que moi, accéder à l’existence, c’est  chaque matin, jour après jour, gesticulation abstraite & absconse, conjuration des courants contraires, pantomime autistique, délétère & désespérée, misérable mascarade, mais c’est une question de survie et donc on gesticule, comme pour demander un milligramme de grâce et de bénédiction à ce petit connard gominé, puis le premier scribe élève la voix, saccageant de fond en comble la sacralité du silence matinal, les courtisans flageolent de plus belle sur leurs mollets mous, les trente ampoules du plafond grésillent comme des mites paniquées, pendant que le premier scribe proclame : Aujourd’hui encore rien n’est donné et tout foire mais nous sommes au parfum des parfums, je ferme mes poings au fond de mes poches si fort que mes mains bleuissent, et je me surprends à murmurer entre mes dents serrées que si mes poings je les rouvre c’est pour libérer tout cet amour que j’ai encore pour toi.

18.
Un peu incongru, ce large canapé-lit au milieu de la librairie, parmi étals estrades escabeaux chevalets, royaume des livres et des images, cette invitation à des douceurs félines & câlines, c’est entendu que cela compense les aspérités, les failles et les faillites, ces permanentes & fatales occasions de mal-être, côté repères ce n’est jamais gagné, fluctuations saisonnières et pointillés non sécurisés, on évolue entre mi-émergences et presque-naufrages, et parfois la petite secousse euphorique, et même comme une extase intellectuelle à considérer l’altier aphorisme inaugural du « Tractatus » de Wittgenstein : ‘Die Welt ist alles was der Fall ist’.

19.
Quand le mortifère chaos menace & traumatise, on a le réflexe de s’accrocher aux aphorismes, à cet aphorisme-là, depuis le Ve siècle avant notre ère il n’y avait plus eu d’aphorisme de cette vigueur-là, de cette violence-là, depuis Parménide et Empédocle les aphorismes s’étaient amollis & lénifiés, et là c’est reparti, ‘Die Welt ist alles was der Fall ist’, les français traduisent faiblement par ‘Le monde est tout ce qui arrive’, c’est mollasson, on a essayé ‘Le monde est tout ce qui est le cas’, c’est bureaucratique & rond de cuir, bref, la violence inouïe, élémentaire, radicale, archaïque de Wittgenstein ne passe pas dans l’autre langue, pour se refaire une santé mentale, il faut donc se rabattre sur l’idiome tédesque, dans lequel résonne aussi, avec une tonitruance passablement cryptée le ‘Fall’ comme chute, ‘Le monde est tout ce qui s’écroule’, ou encore pour les oreilles surfines une dimension pansexuelle dans ‘Die Welt ist alles was der Phall ist’.

20.
Dans une sorte de demi-somnolence extra-lucide j’essaye de clarifier où j’en suis, allongé à demi sous la soyeuse couette sur le lit-canapé parmi estrades & escabeaux, bruissement intense en moi et autour de moi, bruissement de pensée, j’appelle ça ‘ma penserie’, fortes pulsations mentales, virtuoses effusions cogitatives qui mettent en branle des mécanismes combinatoires et des épanchements de concepts, et de ce creuset incandescent jaillit l’aphorisme décisif, c’est un heurt frontal, qui passagèrement me livre la légitimation d’être au monde, je suis littéralement le cas pour quelques instables instants, et ça me rassure, sur le lit-canapé je me détends et somnole, parmi les piles dans la librairie, et pendant ma somnolence je sens à côté de moi, le long de moi, la présence de la libraire, et je m’entends murmurer : Merci de me protéger, parce qu’elle m’a défendu tout à l’heure vis-à-vis de clients qui avaient trouvé à redire que je sois là, au milieu de la librairie à me prélasser sur le lit-canapé.

21.
Et pendant ma somnolence je sens sur moi le poids d’un bras, et cela aussitôt m’émeut, m’alerte et même me trouble beaucoup, dans la mesure où cela fait si longtemps que je n’ai plus été touché, cruelle sévère privation, c’est peut-être même une jambe qui me touche, présence vive de la libraire.

22.
Puis je me dis que si jamais elle est couchée sur le dos, cela veut dire qu’elle a pris une posture d’abduction, jambes ouvertes, et que je pourrai oniriquement avancer mes doigts, fouiller un peu et pénétrer, ça me fait sourire, et je me dis qu’elle a peut-être envie de jouir.

23.
Comme taillé dans du granit, pour la raideur et la dureté, cela se passe dans la pénombre du petit jour, entre sommeil & veille, entre songe & clairvoyance, c’est encore la vague euphorie du comateux néant nocturne et déjà le début du déclenchement en série de plusieurs milliards de microscopiques reconnexions dans l’électricité interne, et donc déjà assez de vivacité pour ressentir cela : comme taillé dans du granit, pour la dureté & la raideur, et y porter aussitôt la main, émerveillé & incrédule, nom de Dieu de nom de Dieu, et on y mettrait volontiers l’accent de la voix de Derrida, putain de nom de Dieu, je bande, bonne belle trique, raide comme taillée dans le granit, mais tiède aussi, vivace & palpitante, et sans raison et gratuitement, au sortir du sommeil, dans l’ingénuité du petit jour, sans le moindre ingrédient libidineux, aucun vestige de songe, juste cette élémentaire manifestation du plus profond dedans vers le dehors, sensation inouïe, poignante, bouleversante, je bande donc je suis.

24.
Et tu patauges à petits pas potachement pataudement à travers les marais du charabia derridien, méandres, lacets & détours, circonvolutions, circonlocutions, il avance par menues vrilles & virevoltes, thématise tout par la tangente dans cette spiralante lettre qu’il écrit sur des centaines de pages à une insaisissable destinatrice, marivaudant parfois un peu, comme pour alléger le poids du propos, thématise tout mais évite, page après page, systématiquement, scrupuleusement, la thématique de la trique, l’intrinsèquement majestueuse triviale trique, telle qu’elle peut incongrument se manifester dans le siècle au creux de la couche au fond de la solitaire piaule, aucune trique dans ses pages, c’est désespérant, on eût aimé mieux piger tout ça, approfondir, un brin de phénoménologie nous aurait fait avancer, il est vrai qu’il avait peur de l’âge.

25.
La vieillesse le faisait flipper, quand il meurt il a mon âge, il faut le dire, soixante-quatorze ans, déjà je lui survis, (hab mir also, ätsch, diese klinzige Gloire geleistet ihn zu überleben…).

26.
Et ma prodigieuse érection de ce matin est une telle protestation de vie, dans une lettre, quatre années avant sa mort, à Max Genève, il se dit obsédé par l’âge et le désir de ‘dévieillissement’, il écrit aussi que 70 ans, c’est l’enfer, moi, à 70 ans, j’étais jeune, c’était dans ma vie le paroxysme du bien-être & du bonheur, c’est cela que je me remémore au moment de la matinale raideur, explicitement, comment j’allais jusqu’au fond du ventre de l’aimée, ineffable jubilation, — mais aujourd’hui, entortillé que je suis dans toutes ces bandelettes, comme une momie de pacotille, je ne sais pas, je ne sais plus, je ne saurai jamais si pour celle que j’aimais j’étais autre chose qu’un godemiché.

27.
Épingles sur la cartographie du temps, placer mes repères, j’ai toujours fait ça, depuis la prime adolescence où sur de longues paperoles je détaillais les dynasties égyptiennes jusqu’à l’aube des temps, maintenant je m’apprête à célébrer les manèges & les carrousels du pliocène à l’ère cénozoïque, avec toutes les guirlandes & fanfreluches bariolées, pour moi un temps si heureux, si emblématique, je n’arrêtais de fredonner c’est mon pliocène à moi, comme si je pouvais me l’approprier, je me sentais léger, j’adorais respirer.

28.
Faisais des randonnées avec des sentiments souverains d’insouciance, des randonnées intercontinentales, c’est l’époque où l’isthme de Panama fait irruption, provocant le grand échange interaméricain et une massive circulation des herbivores et de leurs prédateurs carnivores, partout les tatous prospèrent, le Groenland se couvre d’une épaisse couche de glaciers tandis qu’en Australie les marsupiaux restent dominants.

29.
J’ai ainsi toujours essayé de m’orienter, me situer dans l’innommable débandade, placer mes repères parmi l’universel gâchis, en posant posément mes quelques dizaines d’épingles sur la cartographie du temps.

30.
Et m’importent autant certains laps de millions d’années que la suite de fugaces instants pendant quelques jours de cet été, telle promenade le long de ma Moselle et simultanément les tourbillons des ères.

31.
Ici quelques cygnes blancs pédalent le long des berges tandis que là-bas aux Amériques les rhinocéros et les tapirs s’éteignent carrément et qu’en Afrique les primates continuent leur évolution et les premiers hommes apparaissent, c’est pour ça que j’affectionne tellement le pliocène, que je retourne étudier chaque fois que j’émerge suffisamment du magma de mes tristesses, l’esprit assez acéré pour saisir le sens de tous ces mots dérivés du grec & du latin, ongulés, ursidés, canidés, mustélidés, félidés, ce n’est que plus tard que les hyènes sont poussées à se spécialiser en nécrophagie.

32.
Je suis très heureux et très équilibré, même si je passe la plus grande partie des journées à dormir, roupiller pesamment sous trois couches de couettes, comme si hiberner dans l’abrutissement était une volupté, et puis merde putain, c’en est une, de volupté, et je me réveille, me mets debout, titube un peu, prépare un café, me mets à table, ouvre mes dossiers, et poursuis mes études, j’étudie le pliocène avec une sorte de rage et d’acharnement, et cela me consolide, donne de l’équilibre à mon psychisme, pendant que se poursuit la collision des plaques africaine & européenne, et que les Alpes et les Pyrénées continuent leur orogénèse, je pratique dans l’univers d’infimes découpages, selon des pointillés que je choisis soigneusement, conformément à mes inquiétudes & obsessions du moment, découpages si infimes qu’il est impossible de les cadastrer autrement que dans ma tête.

33.
Cet arbre-ci dans la prairie, et tout en bas de la colline, sur la route, cette blanche camionnette du laitier, ce sont des éléments considérables de l’univers, qui me procurent de puissantes pulsions d’étonnement, il y a l’universelle loi de la mort, puis cette blanche camionnette, qui pendant une infime fraction de seconde semble pouvoir faire office de réfutation de l’universelle loi de la mort, c’est étonnant, tout à fait étonnant.


dimanche 8 octobre 2017

LE CAHIER DE NAROKI, septième livraison, 199-231

Jean-Marie Biwer, gouache, 2013



SEPTIEME LIVRAISON

199-231

1.
Pendant une dizaine de jours, je buvais du jus de poire, abondamment : pour sucrer le sperme. — [Cahier Dora, note No 76, 27 mai 1993] 

2.
Être moi-même, dit-elle. Quand elle vient à moi, nue, démunie, vulnérable. Me confie sa peau, son corps, son sexe.
Attendant aussi, émue, impatiente, mes doigts, mes lèvres, ma langue sur son anus.
C’est aussi à ça qu’elle pense quand elle dit : J’ai pensé à toi.
L’extrême douceur de mon baiser sur son anus, qui ensuite peu à peu guette & appelle l’enfoncement de mon doigt.
Et un jour aussi, sans doute, le pénis, là. — [Livre vert, 6 septembre 1993]

3.
Tout ce que nous pensons sur la femme en son absence est faux et nuisible, que ce soit féerie ou lubricité. — [Liasse, 1966]

4.
Cinquante mille fragments d’un discours amoureux dont quelques milliers subsistent — les autres ont brûlé.
Parfois je feuillette dans ces pages rescapées, une dizaine de cahiers (sur plus de 200) sont indemnes, et quelques centaines de feuilles volantes sur des milliers.
Quelques feuillets de 1966, datant d’il y a un demi-siècle. Je philosophais sur les femmes. Ne savais rien des femmes.
Dix années plus tard, j’étais un peu plus renseigné, puis vingt années, puis trente — et j’étais toujours écolier avide de connaissances. Et notais mes petites notes.  Et à les relire aujourd’hui, cinquante ans plus tard, je me demande si je suis devenu plus savant.
Et je me relis avec autant d’attendrissement que d’indulgence. Et je dis avec une fausse naïveté : c’est écrit comme & pas autrement, voilà.

5.
J’ai l’étrange souhait de ne rien tenir secret de ce qui me concerne. — James Boswell, 1740-1795 (il note cela dans son journal, en spécifiant qu’il vient de dire cela à Rousseau).

6.
Elle (Ky.) ne se donnait même pas au regard ; pendant que je la contemplais, étendue nue devant moi, elle dit: Je suis ta peep show gratuite…
Alors que se laisser contempler, c’est comme un bain de lumière.
Mx. accroupie au bas du lit, entre mes jambes ouvertes, me contemple, — au milieu de moi le pénis offert qu’elle caresse de son regard, puis légèrement malaxe avec ses mains, si légèrement qu’il s’émeut, — s’émeut très fort sans pour autant s’affoler, sans s’ériger, mais ressentant chaque effleurement avec d’inexprimables délices, — et cela dure, dure une demi-heure, et ensuite elle pose les mains dessus, pressant légèrement, il se gonfle aussitôt à bloc, et je dis : Je veux te le donner, et je la pénètre à fond et la chevauche avec une magnifique ardeur qui la fait gémir et crier, et j’éjacule chaud et abondant dans un cri assourdissant. — [Livre vert, 7 septembre 1993]

7.
Mourir. Pour avoir pris froid. C’est ce qui arriva à Michel-Ange. Insomniaque, il s’était promené à cheval dans les rues désertes à Rome. Il avait 88 ans. Jacques-Henri Michot note ça dans son livre « Comme un fracas ».

8.
Les amants. Ingénuité de leurs gestes. Candeur des mots. Poser paume sur un sein. Lécher une aisselle. Effleurer sourcils et tempes d’un doigt. Grappiller les poils pubiens. Sucer les orteils. Contempler la croupe offerte où sont les deux orifices. Ensaliver le pourtour du nombril. Balayer aériennement les couilles avec les cheveux. Baisoter le bout du gland gonflé. Dire j’aime ton con. Dire j’aime ta bite. Goûter du bout de la langue la cyprine qui suinte. Mordiller le lobe de l’oreille. Tracer un chapelet de caresses le long de l’aine. Inonder le vagin de sperme. Tournures qui ne sont ni dans Balzac ni dans Proust.

9.
Je n’ai jamais été amusant. Je n’ai jamais amusé personne. Je n’ai jamais su rire. Je ne raconte jamais des blagues. Je ne supporte pas d’entendre raconter des blagues, ça me donne des vomissements dans la tête. Parfois je souris, oui, je sais sourire, mais c’est presque toujours un sourire triste, enfin, je le ressens comme ça. Je me dis à moi comment je ressens les choses. Je dirai des choses que je n’ai pas encore dites. Je n’avais jamais encore dit que ne m’intéressent que les hommes de cinquante ans. — [Cahier Dora, note No 12, 21 mai 1992]

10.
Déjà la treizième note, ça avance, ça continue. Les hommes de cinquante ans, je les trouve émouvants. L’idée ne vous viendrait jamais d’appliquer cet adjectif à un quadragénaire. Souci du mot juste. Cela rate presque toujours, mais c’est un souci sincère & constant. Je me trouve émouvant, veux dire touchant, ridicule, pitoyable. — [Cahier Dora, note No 13, 21 mai 1992]

11.
Je ferai quelques centaines de notules pour faire le point, le pointillé : là où il faut couper. Découper le talon ci-joint et le renvoyer — mais où ? — [Cahier Dora, note No 16, 21 mai 1992]

12.
Du temps où j’écrivais encore des lettres à Dora, elle me demanda un jour : Pourquoi tu numérotes tes alinéas ? Je dis : Pour m’y retrouver.
Parmi tant de désordres que j’affectionne (et même cultive) j’ai toujours eu l’obsession de l’ordre chronologique.
La date, mon Dieu, la date !
Et la suite de mes alinéas et de mes pages. C’est vital. — [Cahier Dora, note No 18, 21 mai 1992]

13.
Aveu de Walser que dans ses textes jamais il ne corrige. C’est écrit comme c’est écrit.

14.
Tu attends de moi si peu que je me demande pourquoi tu ne préfères pas rien. — [Carnet Muettes, note No 126, 22 juin 1992]

15.
Quand je me demande ce qu’elle attend encore de moi, je me dis qu’elle n’attend pas rien, mais moins que rien.

16.
Sur la place du kiosque le vendeur de collyres me hèle, m’invite à sa table, me fait m’asseoir, m’offre à boire, il a besoin, ça se sent, de me parler, et il parle, parle, et j’écoute, et ne comprends rien, comprends juste qu’il est question de moi, qu’il a le besoin incongru de me parler, à moi, de moi, et j’écoute et ne comprends pas un mot, il parle de moi et de ce que d’autres, dit-il, disent de moi, et parmi les paroles qu’il me rapporte il n’y en pas une que je comprenne, après une demi-heure, sur la place du kiosque, sous les parasols jaunes et bleus, je n’ai plus envie d’entendre parler de moi, je souris poliment et je m’en vais. — [Cahier Dora, note, No 52, 23 mai 1992]

17.
Charabia claudélien, dans « La Rose et le rosaire » : La terre sous la poussée de ce raz-de-marée de la Grâce divine entre en état, nous dit l’Ecriture, d’exultation, comme du fond d’une cataracte une fumée d’âmes triomphales et multicolores s’élève d’elle vers l’Eternité… Philippe Murray qui, dans "Ultima necat" (p.334) sans se cabrer cite ce passage, cette ânerie, cette solennelle & prétentieuse ineptie, et pense que Claudel ici, dégage (…) une théorie qui, sans le savoir, rappelle celle de l’univers en expansion. Dio mio.

18.
Es ist ja auch manch göttliche Fikkerey gewesen in dieser gottverdammten Liebesgeschichte, die mich immer noch weinen thut. — G. C. Lichtenberg, Brief an Wilhelmine von K., am 3. Mai 1788

19.
Choses que disent les femmes. — Elle m’explique : Une femme peut très bien s’en passer. S’il n’y a pas d’homme, elle n’en a pas besoin. Elle dit : Je m’en suis passé pendant des années. — [Cahier Ostinato, janvier 1995]

20.
Dans mon fatal grenier, il y avait une grande étagère avec des ouvrages de psychologie et de psychanalyse, quelque trois cents livres, tous détruits. Je commence la reconstitution avec la « Traumdeutung » de Freud et « La libido féminine » de Françoise Dolto.

21.   
Au hasard des livres qui me tombent sous la main et sous les yeux, voici sur cinq cents pages une compilation des actes officiels de l’Eglise catholique concernant les dogmes de la foi, et je retourne faire quelques recherches sur ce qui se passe après la mort. J’examine la Profession de foi formulée au Deuxième Concile de Lyon, sous le pape Clément IV, en 1274.
Il faut noter que tout ce qui a été formulé lors des conciles au long des siècles garde à jamais valeur de dogme — les dogmes ne peuvent pas être remodelés ou révoqués.

22.
Un camarade de classe d’il y a presque soixante ans, grand amateur de musique, me parle de sa mémoire qui flanche ; il cherche dans sa tête Herreweghe et Harnoncourt, et ne les retrouve qu’après de longs efforts.

23.
Après la mort, ceux qui n’auront pas eu assez de temps pour effacer leurs péchés par la pénitence, iront au Purgatoire, lieu de punition et de purification; pour adoucir & abréger les punitions d’une âme au Purgatoire, les croyants peuvent faire acte d’intercession auprès de Dieu, par des prières, des aumônes, ou en faisant célébrer des messes ou toutes sortes d’autres actions pieuses en accord avec la sainte Eglise.
Après la mort, ceux qui depuis leur baptême n’auront commis aucun péché ou dont les péchés auront été purgés par la pénitence : ils vont tout droit & immédiatement au Paradis où ils contemplent Dieu en sa Trinité, les uns de façon plus parfaite que les autres, selon leurs mérites.
Après la mort, ceux qui sont en état de péché mortel ainsi que ceux qui n’ont pas été purgés du péché originel par le baptême (cela concerne surtout les enfants) : ils vont tout droit & immédiatement en Enfer, où ils subissent des punitions diverses, selon la gravité de leurs forfaits. (Les enfants aussi ? Les enfants aussi.)
Et tout cela en attendant le Jour du Jugement.
Cette affaire-là est expédiée en une seule phrase : La sainte Eglise romaine croit fermement & résolument : au Jour du Jugement tous les êtres humains néanmoins paraîtront en leur corps devant le Trône du jugement du Christ pour rendre des comptes à propos de leurs agissements.
Remarquer le mot néanmoins dans ce texte : C’est sans doute pour indiquer que la cérémonie du Jugement est juste une formalité rituelle, qui ne change rien à la situation des âmes, le divin Juge ne va pas casser les sentences antérieures, de toute façon aucune possibilité de  recours n’avait été prévu : les bienheureux retourneront donc, bredouilles mais quand même contents, au Paradis, les damnés (les enfants aussi) redescendront, bredouilles et pas contents du tout, en enfer et les pécheurs, résignés, dans leur transit du Purgatoire.
Le fameux Jugement Dernier, c’est donc juste une gesticulation sans conséquences, par laquelle le Christ (flanqué de ses coéquipiers, le Père et le Saint Esprit) tient à mettre les points sur les i : c’est moi le chef de l’Au-delà.

24.
Il y a une sorte de sorcellerie dans l’augustinien tolle lege (tomber par hasard sur tel et tel livre) — tu prends le livre et tu lis…  
Tôt ce matin je lis les pages sur le Paradis, l’Enfer, le Purgatoire et le Jugement dernier ; le texte promulgué au Concile de Lyon en 1274 avait été rédigé quelques années plus tôt sous l’autorité du pape Clément IV.
Par la poste je reçois un livre de Wittgenstein, « Leçons & conférences », que j’avais commandé afin d’étudier ses « Leçons sur la croyance religieuse ». Or, le leitmotiv de ce texte, c’est le Jugement dernier.
Dans l’après-midi, dehors sur ma terrasse, je lis dans l’ouvrage « Philosophes médiévaux des XIIIe et XIVe siècles » ; sur les treize auteurs présentés dans le livre, je choisis Roger Bacon — son texte est une lettre qu’il adresse au pape Clément IV auquel il envoie par le même messager le manuscrit de son « Opus maius », une œuvre encyclopédique sur la philosophie, la théologie et la science expérimentale.
Le soir j’étudie le chapitre « Belief » dans la monographie « Montaigne » (2007) de Terence Cave. Montaigne qui à plusieurs reprises déclare se soumettre entièrement aux dogmes de l’Eglise et qui tout au long de son livre ne thématise jamais aucun de ces dogmes. Montaigne avait-il la foi ? On ne sait pas. Professer la foi ne veut pas forcément dire l’avoir. Montaigne écrit ses « Essais » comme si le « Credo » n’existait pas.
Livres en réseau. Lecture-engrenage.

25.
Qu’il a encore (encore !) toute sa tête — ça c’est le genre de réflexion qu’on fait à un moment où il n’est plus forcément évident qu’on ait encore toute sa tête. C’est une sorte de test. J’ai encore toute ma tête, et je le dis.
Il se passe plein de choses dans ma tête. Elle est productive. Elle sécrète de l’écriture.
Je dis : J’ai encore toute ma tête, avec un début d’anxiété qu’un (prochain) jour j’aurai peut-être à dire : Je commence à n’avoir plus toute ma tête.

26.
Corollaire : Qu’il a encore toute sa bite. Et je le dis. Elle s’émeut. S’érige. Produit du sperme. Ejacule. Jouissivement. Mais c’est désormais une sexualité de solitaire. Je commence à m’y résigner, après plusieurs tardives années de plénitude dans l’accouplement. Je n’ai plus de femme. Et déclare ne plus en vouloir. Restent les réminiscences. Et les simulacres.


27.
Qu’il a encore toute sa santé. Pas vraiment. Si le cœur fonctionne bien, et le sommeil, et la digestion, les poumons sont amochés, affaiblis dans leur capacité de gonflement, c’est à cause du tabac dont je continue à abuser, jour après jour.

28.
Parmi les nombreux livres dont diverses personnes m’ont fait cadeau depuis deux ans, se trouvent deux œuvres monumentales : l’Histoire de Leopold von Ranke, en 46 volumes (édition de 1865-79) et « L’Histoire de France » de Michelet.
Première lecture dans Ranke : les dix pages sur Erasme.
Première lecture dans Michelet : les trois pages sur Montaigne.
Intéressant d’examiner, comment les historiens, qui en général ont affaire aux acteurs de l’histoire traitent les auteurs.

29.
Passage émouvant dans « Notes de chevet » de Sei Shonagon où elle évoque cette plante qui se prend dans le moyeu de la roue du chariot, et, broyée, répand son parfum. C’est une armoise (artemisia annua).
Cette armoise, je la retrouve dans la biographie de Youyou Tu, cette pharmacologue chinoise, à qui Mao donne en 1965 la mission impérative de trouver le traitement qui guérira le paludisme.
Au bout de longues enquêtes et expériences, la chercheuse trouve enfin la clé : dans un ancien manuscrit du IVe siècle, le « Manuel de pratique clinique et remèdes d’urgence » de Hong Ge, qui recommande le traitement par l’armoise.
Après plusieurs années d’expérimentation, Youyou Tu réussit à isoler le principe actif de la plante : l’artémisine.
Le médicament sauvera des millions de vies à travers le monde.
Quarante-trois ans après sa découverte, en 2015, la savante obtient le Prix Nobel de physiologie et de médecine. Elle a 85 ans.

30.
Hamsun, pendant qu’il s’entretient avec le peintre Kubin, pose son pied sur le genou, saisit les ciseaux qui traînent sur la table et coupe les franges effilochées de son pantalon. (Rapporté par Kafka dans son journal le 26 septembre 1911).

31.
On vide la luxueuse villa du gros industriel, après son décès, on fait l’inventaire, meubles, tapis, vaisselle, couverts, tableaux, vases. Rien dans tout cela ne m’intéresse, sauf ceci : est-ce qu’il y a des livres ? Il n’y a pas de livres. Puis, dans le recoin d’une étagère, j’en trouve un, un seul. C’est un choix de textes du « Talmud », avec préface, édition nazie de 1938.

32.
On se souvient du début abrupt & dévastateur des « Confessions » de Rousseau : Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi.
Ainsi que l’incipit poignant des « Rêveries d’un promeneur solitaire » : Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, d’ami, de société que moi-même.

33;
Flaubert expire en hurlant : Je meurs comme un chien, et cette pute d’Emma est toujours vivante.


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